Je me pose sur un fil électrique, tout près d’une poubelle qui sent fort le vieux papier mouillé et les restes de sandwichs oubliés. C’est pas très glamour, mais y a des trésors, parfois… Aujourd’hui, y avait une lettre. Pas un bout de papier chiffonné, non, une vraie lettre, bien pliée, comme si quelqu’un avait eu envie d’envoyer un secret au vent… ou aux rats.
Je regarde les humains qui passent. Y en a une qui marche vite, les épaules basses, les mains dans les poches, comme si elle voulait cacher un secret trop gros pour elle. Elle jette un sac à côté de la poubelle, presque sur la lettre. Peut-être elle voulait que la lettre disparaisse ? Ou peut-être elle voulait juste pas se salir les doigts. Les humains sont bizarres… ou alors c’est moi qui comprends rien.
Un chat passe, tout noir et tout silencieux, il regarde la poubelle comme si c’était un coffre au trésor. Moi, j’me méfie. Les chats, c’est des espions déguisés en boule de poils. Il renifle l’air, puis s’éloigne, déçu. J’en profite pour piquer un petit bout de croissant tombé près du trottoir… Miam, la vie a ses surprises.
Je me demande… qu’est-ce qu’il y avait écrit dans cette lettre ? Un amour déçu ? Une recette secrète ? Une confession d’un pigeon qui rêve de voler plus haut ? J’écris ça dans mon carnet invisible, même si j’sais pas écrire. C’est juste pour pas oublier. Ou pour me souvenir que parfois, les choses les plus importantes sont celles qu’on ne lit jamais.
Les lettres, qu’elles soient écrites ou rêvées, ont ce pouvoir fascinant de capturer des émotions et des pensées inavouées. Elles résonnent comme des souvenirs enfouis, rappelant que chaque coin de rue, chaque regard échangé, peut être le déclencheur d’une histoire à raconter. Une simple lettre peut contenir un secret inavoué, comme dans l’article J’ai entendu un secret par erreur, où la découverte inattendue d’une vérité bouleverse le quotidien. La curiosité insatiable des enfants, illustrée par ce jeune garçon, évoque également des souvenirs personnels, similaires à ceux décrits dans J’ai picoré un souvenir, où chaque moment passé devient une lettre à soi-même.
Ces instants volés, ces pensées non exprimées, créent un lien invisible entre les âmes, tout comme les lettres perdues dans une poche peuvent un jour resurgir. La magie réside dans le fait que, malgré leur absence de voix, ces lettres murmurent des vérités essentielles. Qui sait quelles histoires se cachent derrière les sourires des enfants ou les regards perdus dans le vide ? Peut-être qu’en s’ouvrant à ces possibilités, il est possible de redécouvrir la beauté des mots non dits.
Un enfant s’arrête, il me regarde avec ses grands yeux ronds. Je crois qu’il voit un ami. Moi, je me demande si lui aussi il a des lettres perdues dans ses poches, des mots qu’il n’ose pas dire. Il sourit, puis continue sa route en sautillant. Dans sa tête, y a sûrement un refrain bizarre qui tourne en boucle, comme dans la mienne : “Pourquoi les lettres parlent pas ?”.
Le vent se lève, la lettre tremble un peu, puis s’envole… ou presque. Moi, j’essaie de voler droit, mais je fais une pirouette maladroite. Peut-être que les secrets, c’est fait pour ça, pour s’envoler sans qu’on sache vraiment où ils vont.
Alors je reste là, perché, à regarder la poubelle vide, à me demander si un jour, quelqu’un viendra chercher sa lettre… Ou si c’est juste moi, le Piaf, qui comprends rien, comme toujours.
Et si les lettres, c’était juste des miettes pour les rêves ?…





