Aujourd’hui, j’ai trouvé un banc. Pas un banc comme les autres, non, celui-là était tout mouillé, comme s’il venait de pleurer un orage tout seul. Je me pose dessus, un peu hésitant, mes petites pattes qui cherchent une place sèche… Mais non, c’est tout trempé, et ça sent la pluie qui s’est mélangée à la terre mouillée et au vieux chewing-gum écrasé. Pas très glamour, mais ça sent la vie, ou un truc qui y ressemble.
Y avait une dame, là, pas loin. Elle regardait le sol, comme si elle cherchait un trésor invisible. Ses yeux brillaient un peu, mais pas comme quand on trouve un croissant chaud. Plutôt comme quand on a un nuage dans la tête. Elle a parlé à ce banc… Oui, vraiment, elle a dit « Bonsoir, mon vieux », comme si le banc pouvait répondre. J’ai attendu. Rien. Le banc faisait la tête, sans doute.
Un vieux moineau est venu se poser à côté de moi. Il avait l’air d’en savoir plus, lui. Il a soufflé un « Pfff, ces humains, toujours à parler aux choses qui ne parlent pas. » Je lui ai demandé s’il comprenait la tristesse du banc. Il a juste haussé les épaulettes, ou ce que j’appelle ses épaulettes, parce que les moineaux, c’est tout petit et tout piquant. Il a dit : « C’est juste un banc, mon gars. Les humains, c’est eux les vrais bancs parfois. »
Je regarde autour. Les flaques font des miroirs bizarres. Je me vois dedans, mais je suis un oiseau jaune, pas un reflet de banc triste. Des ombres passent, elles bougent sans prévenir, comme des fantômes qui auraient oublié leur nom. Un enfant m’observe, yeux grands ouverts, il me lance un bout de pain. Je picore, mais je pense à la dame et son banc. Est-ce que la tristesse, ça peut s’asseoir quelque part ? Ou ça flotte, comme les plumes au vent ?
Je me souviens vaguement d’une fois, j’ai vu un banc rire une fois, c’était un drôle de jour où le soleil avait mangé le ciel. Mais ça, c’est peut-être juste une histoire que je me raconte dans mon carnet invisible, celui où j’écris sans plume, juste avec mes pensées.
Le vieux moineau repart, il me laisse seul avec la dame qui s’en va, les mains dans ses poches, un peu plus légère, j’espère. Moi, je reste là, sur ce banc mouillé, et je me demande… Est-ce que les bancs tristes, ils peuvent devenir drôles ? Ou est-ce que c’est comme les chansons qu’on oublie, elles restent coincées dans un coin, juste au bout des ailes ?
Ah… Tiens, je me répète un truc de moineau parfois : « C’est trop bien… même quand c’est pas trop. » Peut-être que c’est ça la réponse. Ou pas. Je vais écrire ça dans mon carnet invisible, tiens… et puis je vais essayer de voler droit. J’espère.
Ah oui, si tu veux voir un piaf qui essaie de comprendre les humains, je te conseille cette carte postale, c’est trop bien. Moi, je la vends, pour financer mes miettes.
Bon, je m’envole… ou j’essaie. Encore raté. Pfff…





