Ce matin, je me pose sur un fil électrique, tout doux pour mes petites pattes, même s’il grésille un peu… Je regarde en bas, les humains qui courent sans courir vraiment. Y a une ombre qui me suit. Pas une ombre de nuage, non. Une ombre toute noire, comme quand tu oublies ta tartine dans la poche et qu’elle se fait toute molle. Elle bouge avec moi, même quand je tourne la tête. Bizarre, non ?
Je descends sur un banc, là où le vieux moineau râle toujours. Il me dit : « Faut pas faire confiance aux ombres, ça cache souvent des miettes oubliées… » Mais moi, j’ai l’impression que mon ombre, elle essaie juste de jouer à cache-cache. J’essaie de lui faire un clin d’œil, mais elle ne cligne pas. Snif…
Un chat flippant passe en ronronnant comme un moteur cassé. Il regarde mon ombre, puis moi, puis mon ombre encore. Je crois qu’il veut me faire peur, ou peut-être qu’il essaie de comprendre pourquoi j’ai deux silhouettes. Je lui lance un petit piaillement, il s’en va en sautillant comme un danseur maladroit.
Plus tard, je saute sur une table de bistrot. L’odeur de pain grillé me chatouille le bec. Je ferme les yeux un instant… J’entends des cris humains bizarres, comme des chansons sans paroles. Une dame parle toute seule, mais pas à un banc cette fois, à son ombre aussi. C’est rigolo, j’me dis que peut-être, elle, elle a une ombre qui parle aussi.
Je me rappelle un souvenir flou — ou un rêve ? — où j’étais un pigeon voyageur, qui vole si haut qu’il touche les nuages. Peut-être que mon ombre, elle est la trace de ce rêve. Ou alors, elle est juste fatiguée de courir après moi toute la journée.
Un enfant m’observe avec de grands yeux ronds, comme s’il voulait m’attraper. Je fais un petit saut, et mon ombre danse avec moi sur le trottoir. L’enfant rit, moi aussi, sans savoir pourquoi.
Je me pose dans une gouttière, et là, l’ombre s’allonge, s’étire, devient presque un autre piaf. Je me demande si les ombres ont des ailes, si elles rêvent de voler vraiment. Ou si elles préfèrent juste suivre, sans jamais partir.
J’écris tout ça dans mon carnet invisible, celui que j’ai dans la tête. Parfois, j’y colle des miettes de pensées, des plumes de poésie un peu bancale.
Alors je me dis… si mon ombre me suit, c’est peut-être parce qu’elle a peur que je m’envole trop loin. Ou alors, elle veut juste voir le monde avec mes petits yeux jaunes.
Et si un jour, je la perds, est-ce que je serai toujours complet ?
Je regarde le ciel, je prends mon élan… et je rate mon envol. Pfff… encore raté.
Tiens, ça me rappelle cette carte postale que j’aime bien, avec un air de “Trop bien” dedans…
Peut-être que demain, mon ombre aura changé de forme. Ou qu’elle me parlera enfin. Ou qu’elle m’emmènera au bout du fil.
Mais pour l’instant, je reste là, à me demander si les ombres, elles ont un cœur… ou juste des miettes à voler.





