Je suis perché sur un vieux fil électrique, celui qui grince un peu quand le vent fait la danse des fantômes. En dessous, y a un mur. Pas un mur ordinaire. Il est tout craquelé, couvert de mousse et de souvenirs que personne ne voit. J’ai décidé de lui parler. Oui, comme ça… parce que parfois, faut bien causer à quelqu’un, même si c’est un mur.
« Hé, toi… » je dis tout bas, parce que les murs, ça fait pas trop de bruit.
Le mur, il répond pas avec des mots, non. Mais y a un petit morceau de mousse qui frétille, comme un clin d’œil. J’crois que ça veut dire « salut » en langage mousseux. Peut-être. Ou alors il rigole de moi, je sais pas.
Les humains passent. Y en a un qui marche en traînant les pieds, comme s’il voulait pas avancer mais qu’il était obligé. Un autre qui jette un sac poubelle à côté du mur. Le sac fait ploc dans une flaque. J’aime bien le ploc. C’est un son rond, pas comme les cris bizarres des humains qui parlent fort au téléphone. Ça me fatigue leurs voix, ça fait un bruit comme des éclairs de fourmis.
Un chat flippant passe aussi. Il me regarde avec ses yeux ronds, comme s’il voulait me manger, ou juste comprendre pourquoi je suis jaune et pas poisson. Je fais semblant de pas voir. Je suis un piaf, pas un poisson. Pis j’ai les ailes, moi.
Je me souviens d’une fois, y a longtemps — ou peut-être hier — j’ai vu un autre piaf qui chantait à une fenêtre. Il chantait une chanson toute bizarre, un truc comme « plip plop plip plop ». Ça m’est resté dans la tête, comme un refrain qui tourne sans fin. Je le répète souvent quand je suis seul. Ça fait moins vide.
Les sons de la vie se mêlent aux images qui dansent sur les murs. Comme ce piaf qui chante, chaque note est une invitation à observer le monde sous un angle différent. Dans cette symphonie de bruits, le souvenir d’une mélodie étrange résonne, rappelant que même la solitude peut être peuplée de chants inusités. Ce mélange d’ombre et de lumière évoque des souvenirs d’autres moments passés, comme celui de l’article Il n’y avait plus personne dans la rue, où le silence prend une dimension presque palpable.
Les pensées se bousculent et s’entremêlent, tout comme les ombres sur le mur. Chaque mouvement, chaque forme fugace semble raconter une histoire, un secret bien gardé. En contemplant ces silhouettes, l’esprit vagabonde, cherchant à comprendre ce que les murs pourraient bien savoir. Comme les gribouillis d’un carnet invisible, ces réflexions prennent vie et nourrissent l’imaginaire. Peut-être que chaque regard porté sur le quotidien révèle des histoires insoupçonnées, prêtes à être partagées. Quelles histoires se cachent derrière les ombres que l’on croise ?
Le mur, il a des ombres qui bougent dessus. C’est des arbres ou des nuages ? J’sais pas, ça danse sans prévenir, comme les pensées dans ma tête. Parfois, je me demande si les murs pensent. Peut-être qu’ils ont un carnet invisible aussi, où ils écrivent des secrets qu’on ne lit jamais. Moi, j’écris dans mon carnet invisible aussi, mais y a pas de crayon. Ça fait des gribouillis sans forme.
Une passante triste s’arrête près du mur. Elle regarde une fissure, comme si elle cherchait une histoire dedans. Elle souffle un truc que j’entends pas bien. Peut-être qu’elle parle au mur aussi. J’aimerais bien savoir ce qu’elle dit. Est-ce que les murs peuvent garder les secrets tristes ? Ou est-ce qu’ils les renvoient en écho, pour que personne oublie ?
Je regarde le ciel, il est tout bleu aujourd’hui, presque trop. C’est bizarre un ciel trop bleu. J’ai envie de voler là-haut, juste pour voir si le mur me suit des yeux. Mais non, les murs sont plantés là. Pas comme moi. Moi, je peux faire des tours, des loopings, des vols ratés… Comme sur cette carte postale que j’ai vue, où un piaf tombe dans la neige… Ah, c’est ici, c’est trop bien. Je me la garde dans la tête.
Le mur, il reste muet. Ou alors il parle dans un langage que j’ai pas encore appris. C’est ça, peut-être que je dois apprendre le langage mousseux, le langage fissure, le langage ploc de flaque.
J’ai parlé au mur. Il m’a répondu. Ou peut-être que c’était juste le vent qui jouait avec la mousse. Mais ça, c’est une autre histoire… que j’écrirai dans mon carnet invisible, un jour, ou pas.
Et si les murs écoutaient vraiment ? Est-ce qu’ils se moqueraient ? Ou est-ce qu’ils seraient juste contents d’avoir quelqu’un qui parle sans attendre une réponse ?
Je m’envole. Pas très droit. Une boucle. Peut-être que je pense en rond. Ou que je parle aux murs, c’est pareil…





