Je suis perché sur un fil électrique, pas très loin d’une terrasse où les humains bavardent comme des pies sans bec. Y a des odeurs de café froid et de croissant oublié, tout ça mélangé à un souffle de vent qui sent le vieux pain grillé. J’essaie de chanter… mais en mineur. Ça fait drôle. Un peu triste, un peu mouillé, comme une flaque qui tremble sous la pluie.

À côté, y a un vieux moineau qui me regarde avec ses yeux tout ronds. Il cligne des paupières comme s’il comprenait rien. « Chante pas comme ça, ça fait pleurer les miettes », qu’il dit, ou qu’il pense, ou qu’il piaille dans sa tête, j’sais pas. Moi, j’aime bien les chansons qui font un peu mal. C’est rigolo, non ? Peut-être que les oiseaux devraient avoir des chansons en mineur, pour les jours où le ciel est gris et le pain dur.

Plus bas, une dame passe en courant, toute pressée. Elle jette son sac par terre. Je crois qu’elle parle aux nuages. Ou aux pigeons. Peut-être qu’elle leur dit des secrets que les humains oublient. Elle a l’air triste, mais ses chaussures brillent comme si elles voulaient danser. J’aimerais bien savoir ce qu’elle chante en mineur, elle.

Un enfant m’observe. Il a les yeux grands ouverts, comme si j’étais une étoile tombée du ciel. J’essaie de lui faire un sourire avec mes plumes, mais ça fait plus un rictus maladroit. Il rit, et moi je note ça dans mon carnet invisible. Oui, j’écris avec mes pensées, c’est plus pratique, même si je sais pas bien ce que ça veut dire à la fin.

Je me souviens d’un jour où j’ai cru que les nuages étaient des moutons qui s’étaient perdus. J’ai chanté pour les appeler. Ils ont roulé vers la mer.

Un chat flippant traverse la rue. Il me regarde comme si j’étais un sushi. J’essaie de chanter en mineur pour lui faire peur, mais il s’en fout. Pfff… encore raté.

Je regarde mon reflet dans une flaque. C’est un piaf jaune un peu penché, avec des idées qui tournent en rond. Je me demande si les chansons en mineur, c’est comme les miettes qu’on laisse tomber sans faire exprès. Elles restent, mais personne ne les ramasse.

Le vieux moineau s’envole. Moi, je reste là, à chanter en mineur, même si j’suis pas sûr que ça existe vraiment, le chant en mineur. Peut-être que c’est juste un truc que je me raconte pour faire joli.

Je me répète dans ma tête, comme un refrain un peu cassé :
« Chanter en mineur… c’est comme pleurer sans bruit… »

Et puis, je saute du fil… en essayant de faire une envolée digne d’une symphonie triste. Je fais une boucle, je tombe un peu, et… j’me relève. Parce que chanter en mineur, ça fatigue. Mais ça fait du bien. Peut-être.

Est-ce que les hirondelles savent chanter en mineur ?
Est-ce que les humains écoutent vraiment ?

Je vole vers mon prochain fil, en me demandant si j’arriverai un jour à faire une chanson qui ferait danser les nuages.
Ou au moins, un chat sushi.