Je suis perché sur un fil électrique. Pas très haut, pas très bas. Juste là, entre un lampadaire qui clignote et un vieux chêne qui fait la tête. Le matin est tout mou, comme une confiture un peu trop sucrée. Le brouillard a avalé le bout de la rue. On dirait qu’il a englouti quelqu’un… ou peut-être un secret.
Je regarde en bas. Y a une dame avec un sac qui marche vite. Elle parle toute seule, ou plutôt elle marmonne à son ombre, qui elle, ne répond pas. Je crois que l’ombre fait la tête. J’entends un souffle, comme un soupir, un truc humide et froid. C’est le brouillard qui respire, je crois. Ou alors c’est le vent, mais il est timide aujourd’hui.
Un chat noir passe. Il me fixe avec ses yeux ronds comme des billes de verre. J’ai l’impression qu’il sait où est passé ce quelqu’un. Peut-être qu’il l’a vu tomber dans la brume, ou qu’il l’a attrapé pour un jeu mystérieux. Moi, je ne comprends pas trop les chats. Ils ont toujours l’air d’avoir une histoire compliquée à raconter, mais ils restent muets. Alors je fais semblant de dormir, ça les embête.
Un vieux moineau arrive en titubant. Il a l’air un peu perdu, comme moi parfois. Il me dit, d’une voix cassée : « Le brouillard, c’est comme un rideau qu’on tire sur le monde… mais parfois, c’est pour mieux cacher ce qu’on veut pas voir. » Je note ça dans mon carnet invisible. Pas sûr que ça veuille dire quelque chose, mais ça fait joli.
Je me demande… est-ce que ce quelqu’un qui a disparu dans le brouillard est un vrai quelqu’un ? Ou juste une idée qui s’est fait la malle ? Parfois, les humains disparaissent sans bouger, juste en fermant les yeux. Ou en oubliant où ils ont mis leurs clés. Moi, j’oublie tout le temps où j’ai posé mes miettes.
Dans ce monde où le brouillard semble engloutir tant de choses, il est fascinant de penser à ce qui se cache derrière les apparences. Les souvenirs, par exemple, peuvent s’évanouir aussi rapidement qu’ils sont apparus. À ce propos, l’article Je crois que j’ai compris… puis j’ai oublié explore cette notion d’éphémère, où la compréhension n’est souvent qu’un moment fugace. Peut-être que le brouillard, avec ses mystères, nous rappelle d’être attentifs à ces instants précieux qui passent trop vite.
Alors que la petite fille s’approche, son regard lumineux tranche avec la grisaille ambiante. Elle incarne cette curiosité enfantine, une soif de découvrir ce que le monde a à offrir, même au milieu de l’incertitude. Dans son sourire, il y a une promesse : celle que chaque moment, même enveloppé de mystères, peut révéler des trésors cachés. Qui sait ce qu’elle pourrait trouver dans ce brouillard ?
Une petite fille passe, elle me regarde avec des yeux grands comme des soleils. Elle me sourit. Je lui fais un clin d’œil maladroit. Je crois qu’elle comprend que le brouillard cache des trésors invisibles, même si elle ne sait pas encore comment les attraper.
Le brouillard s’épaissit. La dame et son sac ont disparu. Le chat aussi. Le moineau s’est envolé en chantant un vieux refrain que je connais par cœur, sans savoir d’où il vient : « On est tous un peu brouillard, un peu lumière… »
Je reste là, tout seul sur mon fil, à me demander si quelqu’un reviendra jamais. Ou si c’est ça, le vrai mystère. Peut-être que je devrais écrire une carte postale là-dessus. Une carte qui dirait que c’est trop bien… de ne pas tout comprendre. Vous pouvez la voir, si vous voulez, c’est celle-là : Trop bien.
Je ferme les yeux. J’essaie de voler droit, mais je fais une boucle. Le brouillard m’emmène avec lui, doucement, sans prévenir… comme un secret qui s’envole.





