Je suis perché sur un fil électrique. Pas très haut, mais assez pour voir les humains qui s’agitent en dessous, comme des fourmis pressées… ou des grains de sable qui ont oublié leur chemin. Le soleil tape doucement, ça sent le pain grillé et les croissants un peu trop dorés. J’aimerais bien en picorer un bout, mais c’est toujours trop rapide. Les humains, eux, ils mangent avec des bruits bizarres, comme s’ils essayaient de parler avec leur bouche pleine. Pas très poli, mais drôle à écouter.
Là, y a un vieux monsieur qui marche en traînant un sac plein de choses invisibles. Il parle tout seul, ou peut-être au vent, ça je sais pas. J’crois qu’il essaie de convaincre les nuages de ne pas pleuvoir. Mais les nuages, ils font ce qu’ils veulent. Ils tournent, ils changent, comme le monde… sans prévenir. Ça me fait penser à une chanson qu’un moineau m’a chantée l’autre jour. Un truc du genre : « Tourne, tourne, sans fin ni début, comme un vieux manège rouillé… » J’y comprends rien, mais ça me reste dans la tête.
Un chat passe en dessous. Il me regarde avec des yeux ronds, pas rassurants du tout. Il a l’air de se demander si je suis une friandise ou un fantôme. J’ai fait semblant de ne pas le voir, mais je crois qu’il sait que je l’ai vu. Il a ce sourire de chat qui sait des choses que moi, je ne saurai jamais. Pfff… les chats, c’est compliqué.
Un enfant me regarde. Il s’arrête, bouche ouverte, yeux grands comme des soucoupes. Je fais un petit saut sur le fil, histoire d’être plus visible. Il rit. J’ai envie de lui raconter mon carnet invisible où j’écris toutes mes pensées, mais j’ai pas de mains. Alors je gazouille un peu, comme un secret. Peut-être qu’il comprend, ou pas. Les enfants, c’est comme les oiseaux, ils captent les choses que les grands ne voient plus.
Hier, j’étais dans un cimetière. C’est drôle un cimetière. C’est plein de silence, mais ça respire des histoires. Les pierres sont froides, mais l’air est doux comme un souvenir. J’ai vu une hirondelle. Elle était belle, toute légère. J’ai voulu lui dire que je rêvais d’être un pigeon voyageur, pour pouvoir partir loin, loin… Mais elle s’est envolée sans un mot. Peut-être qu’elle aussi, elle avait des pensées bizarres.
Le monde tourne sans me prévenir. Parfois, j’ai l’impression qu’il oublie de me dire quand il change d’air, quand il fait nuit ou jour, quand il faut courir ou s’arrêter. Je reste là, sur mon fil, à regarder, à rêver. Je me demande si les humains savent qu’ils tournent eux aussi, un peu comme les nuages, un peu comme moi.
Le monde tourne… le monde tourne… Je me le répète, comme une berceuse étrange, en espérant que ça m’aide à comprendre pourquoi je ne peux pas voler droit sans faire une boucle. Peut-être que c’est ça, la vie. Tourner sans prévenir, et sourire quand même.
Bon, faut que j’aille chercher des miettes avant que le chat ne change d’avis… ou avant que l’enfant ne me raconte un secret.
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