Je suis perché sur un fil électrique, juste devant la boulangerie. Ça sent le pain chaud qui sort du four. Une odeur douce, un peu sucrée, comme un câlin pour le nez… J’essaie de la picorer du regard, mais ça ne marche pas. Dommage.

Le boulanger, un monsieur rond avec une toque blanche un peu de travers, il parle tout seul. Pas tout seul. Il parle à ses miches. Là, il tient un gros pain dans ses mains, tout doré, avec des craquelures comme une peau de lézard. Il lui dit : « Toi, t’es prêt pour le grand voyage. Tu vas faire des gens heureux ce matin. » Le pain ne répond pas. Il fait juste un petit cri croustillant, je crois. Ou c’est mon imagination… Ou mes papilles.

Un vieux moineau, pas très frais, vient se poser à côté de moi. Il me lance un regard fatigué. Je crois qu’il comprend le boulanger, lui. Il dit : « Faut les écouter, ces humains. Ils parlent aux choses pour pas s’ennuyer. » Je note ça dans mon carnet invisible. C’est important.

Un enfant passe, il regarde la vitrine. Il a les yeux grands comme des miettes de croissant. Je crois qu’il rêve déjà de croquer dedans. Il me regarde aussi, un peu surpris. Je lui fais un clin d’œil maladroit. Il rit. Je crois qu’il a compris que je suis un piaf un peu bizarre.

Le boulanger continue : « Toi, tu vas nourrir des histoires, des secrets, des sourires. » Je n’ai jamais vu un pain aussi bavard. Peut-être qu’il a peur de se faire manger. Ou qu’il aime ça, en fait. C’est compliqué, les pains.

Je regarde les reflets dans la vitrine, les ombres qui dansent sur le trottoir. Le soleil fait des zigzags bizarres. Je me demande si le pain, avant d’être pain, était un nuage. Ou un rêve de blé. Peut-être que c’est pour ça qu’il parle, pour ne pas oublier d’où il vient.

Le moineau s’envole en grognant, un chat flippant passe en sifflant, comme s’il avait vu un fantôme. Je reste là, à écouter le boulanger qui s’adresse maintenant à une baguette : « Toi, t’es fine, mais tu tiens la route. »

Je me demande… Est-ce que les pains ont des secrets ? Des envies ? Des peurs ? Ou est-ce qu’ils sont juste contents d’être croqués ? Je n’ai pas la réponse. J’écris ça vite, dans mon carnet invisible.

Le boulanger met ses pains en vitrine. Je prends une grande inspiration. Je voudrais bien goûter un peu, mais je suis un piaf poli. Alors je me contente de rêver à des miettes dorées, un peu chaudes, un peu magiques.

Je m’envole en faisant une boucle. Peut-être que je pense en rond, ou peut-être que je rêve juste d’être un pain bavard, pour parler à un boulanger qui écoute.

Oh… et si demain le pain me répondait ?

Ça serait trop bien… ou trop croustillant.