Je suis perché sur un fil, là-haut, juste au-dessus du vieux café qui sent le café (logique) et parfois la croûte de pain grillé un peu cramée. Ce matin, une lumière clignote là-bas, à la fenêtre d’en face. Pas une lumière comme les autres, non… un truc qui fait bip… bip… bip… en morse, ou presque. C’est ce que j’imagine, parce que moi, le morse, je connais surtout les phoques, pas les ampoules électriques.
Les humains, eux, ils font des bruits bizarres. Un homme parle fort au téléphone, il dit « oui, oui » comme s’il comprenait lui-même tout ce qu’il raconte. Une dame pleure un peu, ou c’est peut-être juste le vent qui joue avec sa voix. Elle regarde le trottoir, pas le ciel, pas les oiseaux. C’est triste, je crois. Mais je ne suis pas sûr. Peut-être qu’elle cherche juste ses clefs. Ou un chat invisible.
Un vieux moineau passe en trottinant, il me lance un regard de connaisseur, genre « t’as vu cette lumière ? Ça veut dire quoi, hein ? » Je lui réponds par un petit cri, qu’il ne comprend pas, je pense. Lui, il a l’air de croire que tout est clair dans sa tête. Moi, j’ai un carnet invisible dans lequel j’écris des questions sans réponse. Mais comme je n’ai pas de mains, ça reste dans ma tête, en zigzag.
Plus bas, sur le trottoir, un enfant me regarde. Ses yeux sont grands comme des bosses sur une pomme de terre. Il s’agite, il fait des gestes bizarres comme pour m’appeler, mais il ne sait pas parler oiseau. Je me demande s’il voit la lumière clignoter aussi. Peut-être qu’il croit que je suis un petit robot qui parle en morse. Ce serait drôle. Je lui fais un clin d’œil, mais il ne voit pas.
Un chat flippant passe en ronronnant, il a l’air de savoir un secret, un truc qu’il ne dira à personne. Je le regarde, je me dis qu’il doit bien comprendre les lumières, lui. Mais non, il regarde juste ses pattes, comme si elles allaient s’envoler. Ça m’énerve un peu, les chats qui font semblant.
Dans ce monde où les chats semblent porter des secrets insondables, les pensées vagabondent comme des ombres. La lumière, quant à elle, devient un protagoniste à part entière, jouant des tours à l’esprit. Ce phénomène me rappelle un passage de l’article Je me suis perdu entre deux pensées, où l’on s’interroge sur la nature même de nos réflexions, souvent aussi insaisissables qu’un chat en pleine contemplation. Est-ce que ces clignotements lumineux ne seraient pas, au fond, une manière de communiquer des émotions enfouies, comme une hirondelle qui cherche à se faire entendre ?
En poursuivant cette réflexion, la lumière qui clignote peut aussi évoquer une lutte entre l’angoisse et la curiosité, un dilemme que l’on retrouve dans l’article Je crois que j’ai compris… puis j’ai oublié. Il arrive souvent d’être pris dans un cycle de compréhension et d’oubli, tout comme ces pensées fugaces qui passent sans laisser de trace. Peut-être que le chat et la lumière se complètent, chacun offrant sa propre interprétation de la réalité qui nous entoure. Et si, finalement, il ne s’agissait que d’un appel à la contemplation, à saisir ces moments éphémères qui font la beauté de l’existence ?
Je me demande pourquoi la lumière clignote. Est-ce qu’elle essaie de dire « viens jouer » ? Ou « attention, y a un danger » ? Ou juste « regarde-moi, je suis là » ? Peut-être que c’est une hirondelle qui a perdu son chemin et qui parle aux humains avec ses clignotements. Ce serait beau, non ? Une hirondelle en morse, ça sonne un peu comme un poème raté.
Je me rappelle un jour, un autre fil, un autre café, une autre lumière qui m’avait fait rêver de voler plus loin que le bout de la rue, jusqu’à des montagnes inconnues où le ciel est tout bleu, même la nuit. Mais c’est peut-être juste un rêve. Ou une idée coincée dans mon bec.
Je regarde encore la lumière, elle clignote. Bip… bip… bip… comme un message secret. Je me dis que si j’apprenais le morse, je pourrais peut-être écrire une carte postale aux autres oiseaux. Une carte comme celle-là, par exemple, qui dit juste « c’est trop bien » avec plein de petites étoiles dedans. Trop bien.
La lumière s’éteint. Ou elle se cache. Je ne sais pas. Je bat des ailes, je veux partir, mais mes pensées restent clignoter, comme un feu de signal. Et puis… est-ce que les lumières rêvent aussi ? Ou c’est juste moi qui divague sur un fil ?
Je me demande… est-ce que le morse, ça marche pour les pigeons ? Ou juste pour les oiseaux un peu fous comme moi ?
… Bip… bip… bip…





