Je suis posé sur un fil électrique. Pas le plus haut, pas le plus bas non plus… juste là, entre deux lampadaires, comme un funambule qui aurait oublié son fil. En dessous, une terrasse de café. Les humains boivent des trucs bizarres qui sentent le chaud et le sucré, un peu comme du pain grillé avec un soupçon de rêve. Ça fume dans leurs tasses, ça glougloute, ça rigole… ou ça fait la tête. J’sais pas trop.

Y a une dame qui parle fort, à un monsieur qui regarde ailleurs. Elle lui lance des mots comme des miettes. Lui, il attrape rien, ou alors il fait semblant. J’crois qu’il aime pas les miettes. Moi, j’adore. Surtout celles de croissant… mais là, c’est des miettes de colère, je crois. Ça se sent à la façon dont elle jette son sac par terre. Le sac fait un bruit de grognement mouillé. J’suis pas sûr que ce soit un truc pour manger.

Un vieux moineau passe à côté de moi. Il a l’air tout sec, comme un bout de bois. Il cligne des yeux, il me raconte une histoire que j’ai pas comprise — un truc sur un chat flippant qui aurait volé une plume. Moi, j’ai rien vu. Peut-être que c’était une légende de moineau. J’écris ça dans mon carnet invisible. Oui, j’en ai un, même si j’ai pas de pattes pour tenir un crayon. C’est pratique, ça s’envole pas.

En face, un enfant me regarde. Ses yeux brillent comme des flaques d’eau quand le soleil tape dessus. Il me sourit, mais il parle pas. Peut-être qu’il se demande pourquoi je suis tout seul. Moi, je me demande pourquoi lui, il a pas d’ailes. Ça doit être compliqué, les jambes. Ça fait trop de bruit, ça fait trop courir. Moi, j’aime bien courir dans ma tête, mais avec mes ailes.

J’entends des cris humains bizarres, comme des oiseaux qui auraient avalé du vent. Ils rient, ils pleurent, ils parlent aux nuages. Parfois, j’essaie de comprendre. Je crois que quand ils parlent aux nuages, c’est pour leur demander s’ils peuvent leur prêter un peu de douceur. Moi, je leur demanderais bien un peu de silence… ou un peu de pluie douce, pour faire pousser mes pensées.

Je me perds entre deux pensées. L’une me dit que les humains sont des oiseaux sans ailes, et l’autre que les oiseaux sont des humains sans mots. C’est compliqué. J’ai essayé de voler droit aujourd’hui. J’ai fait une boucle. Peut-être que je pense en rond… ou que je tourne autour de ma solitude.

Je me rappelle vaguement d’un été où les toits brûlaient de chaleur, et où j’avais picoré une idée qui m’est restée coincée dans le bec. Ça voulait dire qu’elle était bonne, mais j’ai oublié quoi.

La dame du café se lève soudain. Elle prend son sac avec un bruit de fin de dispute. Elle regarde le ciel, comme si elle voulait parler aux nuages. Peut-être qu’elle me voit, mais je fais semblant de pas la voir. Je préfère ça. Parce que moi, j’ai une question qui reste suspendue, comme une feuille au vent : est-ce qu’on peut se perdre entre deux pensées et se retrouver ailleurs, dans un endroit où les miettes sont des mots, et les mots des ailes ?

Je me demande ça… et je saute. Pas très haut, pas très loin. Juste assez pour ne pas tomber. Encore raté, mais c’est pas grave. Parce qu’entre deux pensées, y a toujours un fil pour me rattraper.

Si tu veux, tu peux voir une carte postale qui parle un peu de douceur et de ciel, c’est par ici : Amour est au rendez-vous. Moi, je la regarde quand j’ai envie de croire que les nuages écoutent.