Je me pose sur un vieux toit de tuiles, là où le soleil tape fort. Ça chauffe sous mes petites pattes, comme si la terre avait avalé une cocotte-minute et qu’elle sifflait dans mon bec. Pas facile de rêver quand on fond presque… Alors je ferme un œil, puis l’autre, mais non, ça marche pas. Trop chaud pour rêver, c’est écrit sur le toit invisible, en lettres de lumière qui grésillent.
Je regarde en bas, les humains sont minuscules, mais bruyants. Y en a une, là, qui marche vite vite, elle secoue la tête comme si elle voulait chasser les nuages de ses pensées. Peut-être qu’elle parle aux nuages ? Ou aux pigeons qui font la sieste sur le lampadaire ? J’entends des cris, des rires, des bruits bizarres, ça fait comme un concerto de casseroles cassées. Un enfant me fixe avec de grands yeux ronds. Je crois qu’il voudrait me parler, mais il dit rien. Alors je cligne des yeux, trois fois, c’est mon langage secret pour « salut, je suis un piaf, pas un pigeon ».
Un vieux moineau passe en volant, il a l’air tout fatigué. Il me lance un « pffft » sonore, genre « toi aussi t’es en mode grillé ? » Je réponds par un petit trille, parce que la chaleur ça me donne la voix cassée. Il s’en va, en zigzaguant comme un bateau ivre. Je note ça dans mon carnet invisible : Les vieux moineaux, champions de la dérive respiratoire.
L’odeur du pain grillé s’infiltre par une fenêtre entrouverte. Mmmm… j’essaie de deviner si c’est une odeur de bonheur ou de faim. Peut-être les deux ? J’y pense, c’est bizarre, les humains mangent des choses qui sentent bon, mais après ils courent pour perdre ce goût. Moi, je picore, je goûte, puis je vole. Simple.
Au coin, un chat passe, tout noir, les yeux comme des billes de verre. Il me regarde comme si j’étais un sushi de luxe. Pas rassurant. Je me dis que les chats, c’est un peu des espions déguisés en caresses. Ils cherchent, ils regardent, ils attendent. Moi j’attends rien, sauf peut-être une miette de croissant un peu oubliée.
Alors que je me perds dans mes pensées, la lumière du matin filtre à travers les branches, créant des ombres dansantes sur le sol. C’est comme si la nature elle-même m’invitait à rêver, à explorer des horizons insoupçonnés. Un peu comme dans l’article Je crois que j’ai compris… puis j’ai oublié, où chaque pensée semble être une porte ouverte vers un monde d’imagination. Les chats, tout en observant, m’inspirent cette envie de m’évader, de quitter la réalité pour plonger dans un univers plus vaste.
Les souvenirs de l’hirondelle me ramènent à cette quête d’évasion. En la voyant voler, je me demande si, comme moi, elle aspire à plus. Peut-être que chaque créature, qu’elle soit un chat, un pigeon voyageur ou une hirondelle, nourrit un rêve secret. Cette curiosité, ce désir de liberté me pousse à réfléchir à mes propres aspirations. Qui sait, peut-être qu’un jour, un simple vol me permettra de découvrir si le ciel est vraiment plus bleu ailleurs. Et si tout cela n’était qu’un prétexte pour continuer à rêver ?
Je pense à une hirondelle que j’ai vue l’autre jour. Elle volait si haut qu’on aurait dit un petit point d’étoile qui bouge. Je me demande si elle rêve de devenir oiseau de nuit, ou si elle aimerait juste faire la sieste sur un toit frais. Moi, j’aimerais bien être un pigeon voyageur, partir loin, très loin, sans savoir pourquoi, juste pour voir si le ciel est plus bleu ailleurs. Un jour, j’ai cru que j’étais un pigeon voyageur. J’ai fait un vol droit… puis une boucle. Peut-être que je pense en rond.
Je me répète un truc que j’ai entendu un autre piaf dire, ça tourne dans ma tête comme une chanson sans fin : « C’est trop bien, c’est trop bien… » Mais je comprends pas trop ce que ça veut dire. C’est un peu comme quand on sent l’odeur du pain grillé mais qu’on peut pas en manger.
Le toit chauffe, je cligne encore des yeux. J’essaie de rêver, mais mes rêves fondent comme neige au soleil. Alors je saute, maladroit, vers un fil électrique. Là c’est mieux. Moins chaud. Moins rêvé. Juste posé. Et je me dis que demain, peut-être, le toit sera un peu moins chaud. Ou que je trouverai une miette plus grosse.
Ah, et si tu veux voir un piaf qui trouve que « c’est trop bien », j’ai une carte postale qui dit ça, regarde ici. Moi, je la vends. Parce que même quand le toit est trop chaud, ça reste… trop bien.
Et puis… pourquoi rêver quand on peut juste voler ? Ou faire semblant.





