Je suis perché sur un fil électrique, juste entre deux gouttes de pluie qui hésitent à tomber. En bas, un chat. Un chat noir, tout luisant comme une flaque d’encre, avec des yeux jaunes qui brillent plus que les lampadaires. Il avance en mode furtif, genre espion à quatre pattes… Je le regarde. Je le suis. Je le suis encore. Peut-être un peu trop.

Il renifle une odeur. Une odeur de pain grillé, ou c’est peut-être la boulangerie qui fait ça ? J’sais pas. Les humains, eux, ils marchent vite, ils parlent fort, ils rigolent parfois, mais le chat, lui, il fait silence. C’est chelou. Je pige pas tout.

Le chat s’arrête devant une poubelle. Il regarde à gauche, à droite, puis plonge dedans. Moi, j’suis là, à faire des zigzags dans l’air pour pas qu’il me voie, mais je suis sûr qu’il m’a senti. Les chats, c’est comme les nuages, ils savent quand on les regarde.

Un vieux moineau arrive, tout décoiffé, avec une voix qui grince :

— T’as vu ce matou ? Il croit qu’il est roi du quartier. Pff… le roi des poubelles, plutôt.

Dans ce petit monde où chaque chat rêve de trôner sur un tas de déchets, les oiseaux, eux, continuent de tisser des récits fascinants. Les histoires de ces créatures semblent flotter dans l’air, comme des plumes égarées, attendant d’être capturées. Cette dynamique entre le félin désinvolte et les moineaux raconte bien plus qu’une simple bataille pour la suprématie : elle évoque des souvenirs d’errances et de réflexions. On se rappelle alors d’autres récits poignants, comme ceux partagés dans J’ai raté mon envol et tant mieux, où chaque échec se transforme en une leçon précieuse.

Les moineaux, véritables chroniqueurs du quotidien, savent que chaque coin de rue a son histoire à raconter. La tristesse d’un silence pesant, comme dans Il n’y avait plus personne dans la rue, n’est jamais très loin. Au milieu de ces murmures, il suffit d’écouter attentivement pour découvrir la beauté cachée des instants simples, transformant ainsi la banalité en poésie. Alors, que se cache-t-il encore sous les plumes des moineaux? Il ne reste qu’à tendre l’oreille.

Je ris dans ma tête. Les moineaux ont toujours des histoires de rois et de batailles. Moi, j’ai un carnet invisible où j’écris leurs paroles. Ça fait comme un poème qui glisse entre mes plumes.

Le chat sort de la poubelle, la gueule pleine de miettes… peut-être du saucisson ? J’sais pas. J’suis pas expert en goût. Il traverse la rue en sautillant, et là, une dame passe, le visage tout triste, elle parle toute seule en regardant ses chaussures. Je crois qu’elle parle aux nuages. Ou au vent. Ou à ses chaussettes. C’est flou.

Je me demande : est-ce que le chat, il comprend qu’il est suivi ? Ou est-ce que c’est moi qui suis perdu dans sa course ? Et si, finalement, on était tous les deux des ombres qui cherchent leur lumière ? Je me souviens d’un jour, il y avait un papillon qui parlait en morse avec ses ailes…

Un enfant m’a vu. Il a fait : « Coucou ! » avec les yeux tout ronds. J’ai fait un petit saut maladroit, j’ai failli tomber dans le café d’un monsieur. Pfff… encore raté. Le chat, lui, il disparaît dans une ruelle. Et moi, je reste là, perché, avec une question qui tourne en boucle comme une chanson que je ne connais pas : pourquoi les chats ne volent-ils pas, alors qu’ils ont l’air si légers ?

Ah, et si tu veux voir un truc trop bien, j’ai une carte postale avec ma tête dessus. Je la vends pour payer mes miettes de croissant. C’est important, les miettes.

Bon, je vais essayer de voler droit. Peut-être que je pense en rond… ou en spirale. On verra.