Je suis perché sur un fil électrique, pas très droit, un peu bancal… comme moi, quoi. Le vent fait des chatouilles dans mes plumes, et en-dessous, y’a la terrasse d’un café qui sent le café brûlé et les croissants tout frais — vous savez, cette odeur qui vous fait presque oublier que vous n’avez pas de mains pour saisir une miette.
Ah, les humains… Ils parlent fort, rient plus fort encore, et parfois ils se regardent comme s’ils cherchaient un secret dans les yeux de l’autre. Une dame jette un sac en plastique — plouf — dans une poubelle. Ça fait un bruit de vague, mais pas d’eau. J’me demande si elle voulait jeter ses soucis aussi. Peut-être qu’elle croit que les sacs gardent les tristesses, comme les nids gardent les petits.
Un gosse me regarde. Grand yeux ronds, bouche en O. Il chuchote un truc que je comprends pas. « Petit piaf, vole ! » J’ai essayé, mais j’ai raté. Je suis tombé dans une flaque. Pas d’eau, juste de la boue. J’suis pas un poisson, alors c’était glissant. Le gosse rigole. Moi, j’ai picoré une idée dans ma tête : et si rater son envol, c’était un nouveau genre de voler ? Un vol à l’envers, ou à la dérive… comme un rêve qui se déplie en spirales.
À côté, un vieux moineau me regarde de travers. Il a l’air d’en avoir vu des envols ratés, lui. Il me dit : « T’inquiète, gamin… l’important, c’est de toujours retomber sur ses pattes. Ou ses pattes d’oiseau. » J’aimerais écrire ça dans mon carnet invisible… Mais j’ai pas de mains. Alors je le garde en bec.
Je vois une hirondelle passer. Elle file comme un éclair, toute légère, toute sûre. Un peu jaloux, un peu admiratif. Peut-être qu’elle sait où elle va, elle. Moi, je me perds souvent entre les fils, les gouttières, et les pensées. Une fois, j’ai cru que j’étais un pigeon voyageur… mais j’ai fini par me demander si les pigeons voyageaient vraiment, ou s’ils faisaient juste semblant pour impressionner.
Une ombre bouge dans la rue. Un chat, tout noir, yeux jaunes, genre « je suis le roi ici ». Il me regarde comme si j’étais un sushi. J’suis pas rassuré. Alors je pousse un petit cri d’oiseau confus. Le chat cligne des yeux — ou c’est un sourire ? — et il s’en va. Ouf.
J’ai raté mon envol. Mais en fait, ça me plait bien. Parce que là, sur ce fil, je vois tout de haut, tout de travers, tout bizarre. Je vois les humains qui cherchent le soleil dans une tasse de café, les enfants qui rêvent d’ailes, les chats qui jouent à être méchants. Et moi, j’écris dans mon carnet qui n’existe pas, des mots qui font des pirouettes dans ma tête.
Ça fait un peu comme cette carte postale que j’ai vue, avec un sourire d’oiseau dessus, qui dit que c’est trop bien. Je crois que c’est ça, la vie : rater des envols pour mieux s’inventer des façons de voler.
Alors je reste là, un peu tordu, un peu mouillé, un peu rêveur… et je me demande si les nuages, eux, ils rient quand on tombe.
Peut-être que oui.





