Je suis perché sur le fil électrique juste au-dessus de la place du marché. Là où l’air sent fort le pain grillé et un peu la saucisse brûlée… Pourtant, ce matin, c’est bizarre. Le silence fait la sieste. Pas un cri, pas un bruit de pas. Même les pigeons traînent leurs plumes sans faire de vague.

L’horloge de l’église, elle, tourne ses grandes aiguilles comme d’habitude. Mais j’ai l’impression qu’elle regarde autour, un peu perdue, comme si elle cherchait quelque chose qu’elle ne trouve pas. Peut-être qu’elle est tombée amoureuse du silence… Ça doit être ça. Elle tourne et tourne, mais le silence ne répond pas.

Un vieux moineau se pose à côté de moi, les plumes en bataille, il me dit d’un air sérieux : « Faut pas s’attacher aux choses qui ne parlent pas, ça fait des cœurs cassés… » Je ne sais pas s’il parle de l’horloge ou de moi. Je note ça dans mon carnet invisible, même si je n’ai pas de mains.

Plus bas, une passante marche doucement, les épaules un peu basses, comme si ses pieds portaient des sacs invisibles. Elle souffle un soupir qui fait trembler les feuilles mortes. Je me demande si elle parle aux nuages ou si c’est eux qui lui répondent.

Un chat flippant passe en zigzaguant, les yeux énormes, il me regarde comme si j’étais un mystère à déchiffrer. Je fais semblant de ne pas voir, mais je sens ses griffes d’interrogation sur mon dos.

Puis, tout à coup, une petite fille m’observe avec des yeux ronds. Elle murmure : « Bonjour, petit oiseau… » J’ai envie de lui chanter une chanson que j’ai entendue d’un autre piaf :

« Tic-tac, tic-tac, le temps s’en va, mais moi je reste là… »

Je répète ça dans ma tête, encore et encore, sans trop savoir pourquoi.

Je pense à l’horloge. Elle tourne, tourne, sans que personne ne l’écoute vraiment. Peut-être qu’elle rêve qu’un jour, le silence lui répondra. Peut-être qu’elle voudrait juste qu’on s’arrête un instant, qu’on regarde le ciel, qu’on oublie le temps…

Je me demande si les horloges rêvent de devenir des oiseaux…

Je saute maladroitement du fil, je fais une pirouette ratée, et je me pose sur une table de bistrot vide. Il y a une carte postale posée là, toute froissée, avec écrit dessus :

« Moi sur la photo ».

Je la regarde longtemps, sans comprendre qui est ce moi. Peut-être que c’est moi, un jour, figé dans un souvenir, avec le cœur battant sous mes petites ailes.

L’horloge continue de tourner, le silence s’étire, et moi… je me demande si le temps est vraiment ce que l’on croit. Ou si c’est juste un vieux jeu d’ombres, qui s’amusent à nous faire courir sans jamais nous rattraper.

… Et si l’horloge est tombée amoureuse du silence, est-ce que le silence, lui, sait qu’il existe ?