Ce matin, j’ai volé trop bas… Trop bas, c’est drôle comme ça change tout.
Je me suis posé sur un banc, pas un banc qui parle, non, celui-là est muet, mais il avait l’air un peu triste, un peu usé, comme si les gens lui racontaient leurs soucis en passant, et lui, il gardait tout au fond, sans rien dire. J’ai regardé ses fissures, elles faisaient des petits ruisseaux de lumière. J’ai pensé que peut-être, il pleurait doucement, mais avec des éclats de soleil.
À côté, un vieux moineau m’a lancé un regard malin. Il m’a dit, ou plutôt il a gloussé, « T’as volé bas, piaf ? Faut viser les nuages, c’est là qu’on trouve les miettes les plus fines. » J’ai pas compris tout de suite, parce que moi, les miettes fines, je les trouve surtout sous les tables de bistrot. Mais le moineau, lui, il connaît les nuages… ou alors il fait semblant. Les moineaux sont des menteurs charmants.
Il y avait une femme, assise sur le banc d’en face. Elle regardait ses mains, comme si elles avaient une histoire compliquée à raconter. Elle soupirait, un soupir tout doux, un peu comme un chat qui ronronne mais qui voudrait sortir. J’ai cru qu’elle parlait aux nuages, ou peut-être qu’elle leur demandait pourquoi le temps passe si vite. J’ai voulu lui demander, moi aussi, mais je n’ai que mon bec pour parler. Alors j’ai juste chanté une petite chanson que j’invente, du genre : « Floupi floup, le vent qui s’enfuit… »
Un chien est passé en courant, tout excité, la langue pendante comme une écharpe. Il a reniflé le banc, puis m’a regardé, les yeux ronds. J’ai fait semblant de ne pas le voir, parce que les chiens, ça ne comprend pas les oiseaux qui réfléchissent trop. Il a aboyé quelque chose, sans doute un secret, puis il a disparu dans la rue. Parfois, je me demande si les chiens ne parlent pas une autre langue, une langue pleine de sauts et de croquettes. Mais moi, j’ai pas de croquettes, juste des miettes. Les miettes, c’est ma fortune.
Alors que le chien s’éloignait, une drôle de pensée m’a traversé l’esprit : et si chaque créature avait ses propres histoires à raconter ? Les pigeons, par exemple, semblent toujours en quête d’attention, comme dans l’article J’ai raté mon envol et tant mieux, où l’on découvre les hésitations et les aspirations des oiseaux. Peut-être que, comme ce pigeon vaniteux, ils se sentent plus grands qu’ils ne le sont réellement, cherchant à impressionner ceux qui les regardent. Dans ce monde de petites créatures, chaque instant devient un théâtre où s’entremêlent rires et réflexions.
En observant la flaque, une idée a surgi : pourquoi les humains laissent-ils leurs sacs par terre, comme des montagnes de mystères ? Cela rappelle un peu l’article Je crois que j’ai compris… puis j’ai oublié, où les pensées s’évanouissent aussi vite qu’elles apparaissent. Peut-être que le vrai secret réside dans ces petits moments de curiosité, où l’on apprend à voir le monde sous un autre angle. Quelles histoires ces mystères pourraient-ils révéler si l’on prenait le temps de les explorer ?
L’air sentait le pain grillé et un peu la pluie qui menace. J’ai fermé un œil, et j’ai vu dans une flaque un reflet qui bougeait sans prévenir. C’était moi ? Non, trop petit. C’était un pigeon qui se croyait géant. Il se vantait, le pigeon, avec son air de roi des toits. Mais moi, je préfère être un petit piaf un peu paumé, qui regarde le monde en se demandant pourquoi les humains mettent leurs sacs par terre comme des montagnes de mystères.
Je me souviens d’un jour où j’ai failli attraper une étoile… elle est tombée dans un pot de fleurs, c’est pour ça que les fleurs brillent parfois la nuit. Je note ça dans mon carnet invisible. On ne sait jamais, ça pourrait servir.
Alors voilà, j’ai volé trop bas ce matin, et j’ai vu des choses que je ne vois jamais d’en haut. Des choses simples, un peu cassées, un peu belles, comme des miettes d’histoires. Je me demande si voler trop bas, ce n’est pas mieux que voler trop haut. Peut-être que les nuages, c’est pour les rêveurs fatigués.
Ah, et si tu veux voir un peu comment je vois la neige, c’est comme un tapis de miettes blanches qu’on n’ose pas manger, tu peux regarder ici, c’est trop bien. Moi, je rêve d’y poser mes petites pattes un jour.
Bon, faut que j’y aille… Je vais essayer de voler un peu plus haut demain. Ou pas.





