Je suis perché sur un fil électrique, tout fin, tout haut, là où même les nuages font attention à pas me faire peur. La rue est vide. Pas un chat… enfin, si, mais ce chat-là, il est invisible, ou presque. Peut-être qu’il s’est caché derrière un nuage ? Ou dans une flaque ? Mais les flaques, elles, elles sont là, toutes brillantes, avec des reflets tout bizarres, comme si la lune jouait à cache-cache avec les lampadaires.
Je regarde en bas. Y avait toujours plein de gens qui couraient, qui parlaient fort, qui jetaient des sacs en plastique comme si c’était des confettis. Mais là… rien. Juste le vent qui fait danser les feuilles mortes. Elles font un bruit doux, un peu comme un secret. Je me demande si les feuilles savent qu’elles vont partir bientôt. Moi aussi, j’aimerais partir… mais pas en feuilles mortes. En oiseau voyageur, comme le grand pigeon du parc, celui qui raconte des histoires de routes sans fin.
Un vieux moineau passe, il a l’air fatigué. Il me regarde, les yeux gros comme des billes de verre, et il me dit :
— « Tu sais, parfois… le silence est un bruit qu’on comprend pas. »
J’écris ça dans mon carnet invisible. C’est une phrase qui fait tilt dans ma tête, même si je pige que dalle. Le silence, c’est bizarre. Ça fait comme un vide, mais pas un vide triste. Plutôt un vide qui te fait entendre ton propre souffle, ou ton propre battement d’ailes, ou ton propre rêve.
Je sursaute. Un enfant, tout petit, est là, derrière moi. Il me regarde en clignant des yeux comme s’il essayait de voir à travers mon plumage jaune. Je lui fais un petit signe de tête. Il rit. Ce rire-là, c’est comme un rayon de soleil qui traverse une vitre sale. Il éclaire même les coins où j’avais peur. Mais il ne dit rien. Juste il me regarde. Peut-être qu’il comprend que parfois, il n’y a rien à comprendre. Ou peut-être qu’il attend que je lui raconte une histoire… Mais moi, j’ai plus de mots. Juste des pensées qui tournent en rond, comme un manège qui n’en finit pas.
Je regarde encore la rue. Les murs ont des ombres qui bougent sans prévenir, comme si la nuit voulait jouer à cache-cache avec le jour. J’entends le bruit d’une porte qui grince, puis le souffle d’un chat flippant qui s’éloigne en courant. Il m’a regardé comme si j’étais un morceau de pain pas assez croustillant. J’ai picoré cette idée. Elle est restée coincée dans mon bec. Ça veut dire qu’elle est bonne ? Peut-être.
Je me demande pourquoi les humains partent tous en même temps, comme si la rue était devenue un grand désert. Peut-être qu’ils sont allés se cacher dans des histoires, ou dans des rêves. Ou peut-être qu’ils sont devenus invisibles, comme le chat. Ou comme moi, parfois.
Je me rappelle vaguement d’un autre jour, un jour où la neige tombait et où j’ai cru que les nuages faisaient un câlin à la terre…
Ce silence, cette rue vide, ça fait un peu comme si le monde retenait son souffle, avant de faire un grand saut dans le ciel. Ça donne envie de chanter, mais je suis un piaf, pas un chanteur. Alors je fais ce que je sais faire : je reste là, sur mon fil, à regarder le vide qui n’est pas vide, à rêver pour rien, et à me demander si les miettes de croissant savent qu’elles sont aimées.
Ah… tiens, ça me fait penser que j’ai une carte postale qui parle de choses un peu comme ça, pleine de jolies phrases et de sourires pas tout à fait droits. C’est Trop bien, tu devrais voir ça. Moi, je reste là… à attendre que la rue recommence à parler.
Et si la rue ne parlait plus jamais ?
Ou alors… peut-être que c’est moi qui ai oublié d’écouter.
Je m’envole. Ou j’essaie. J’ai fait une boucle. Peut-être que je pense en rond.





