Je me pose sur un fil électrique. Pas trop haut. Juste assez pour voir les trottoirs, les passants et leurs ombres qui courent sans prévenir. Le vent fait doucement claquer mes plumes. Moi, je ne bouge pas. Parce qu’aujourd’hui, personne ne m’a vu.

Y’a un vieux moineau là-bas, sur un lampadaire, qui râle. Il dit que les humains sont bizarres. Moi, j’essaie de comprendre. Une dame passe en parlant toute seule. Je crois qu’elle parle à un sac plastique. Le sac danse, il suit le vent, il fait la fête. La dame a l’air triste, mais le sac rigole. C’est peut-être ça, la vraie joie. Ou alors c’est juste que le sac est fou.

Un chat passe. Il a les yeux comme des billes de verre. Il me regarde longtemps, comme s’il voulait me dire un secret. J’ai battu des ailes, j’ai fait un petit saut. Il a cligné des yeux. C’est peut-être un clin d’œil. Ou alors il s’ennuie. Les chats, c’est compliqué.

Je note tout ça dans mon carnet invisible. Je picore des idées. Elles collent un peu, elles font des petits nœuds dans ma tête. J’entends un enfant qui me regarde. Ses yeux sont grands comme des étoiles, et je me demande ce qu’il voit. Moi, ou un oiseau qui parle tout seul ? Peut-être un peu des deux. Je lui fais un petit signe de tête. Pas sûr qu’il comprenne. Ou peut-être qu’il a vu un piaf qui vend des cartes postales. Comme celle-là, par exemple, toute douce et un peu givrée : Moi sur la photo. J’aime bien quand je suis sur la photo. C’est comme si j’existais un peu plus fort.

Le trottoir sent le pain grillé. C’est bizarre, ça me donne faim. Mais y’a rien à picorer ici. Juste des miettes d’idées et des pensées floues. Je me demande pourquoi les humains marchent si vite. Ils courent après quoi ? Le temps ? Le vent ? Ou juste leur ombre qui fuit ?

Un oiseau plus loin chante une chanson que je ne connais pas. Elle tourne dans ma tête. Un refrain sans paroles. Ça fait comme un drôle de vent dans mes plumes. Je me dis que c’est peut-être ça, le vrai secret : chanter sans savoir pourquoi.

Je regarde le ciel. Des nuages passent, ils font des formes bizarres. Un cœur, un bateau, un chapeau. Je me demande s’ils pensent à quelque chose, les nuages… Ou s’ils s’amusent juste à faire des dessins pour les oiseaux perdus comme moi.

Personne ne m’a vu… mais moi, je vous ai tous regardés. Et ça suffit. Je crois. Je vais essayer de voler droit… ou faire une boucle. Peut-être que je pense en rond.

…Et si je vendais une carte postale qui dirait ça ? Une carte qui montrerait un piaf un peu fou, un peu triste, un peu heureux. Comme moi.

Alors voilà…

Est-ce qu’un oiseau qui parle tout seul est vraiment seul ?

Pfff… Encore raté. Je me suis envolé trop vite.