Je me pose sur un fil, là, juste au-dessus d’une terrasse de café. Y’a des odeurs de café noir et de croissants chauds qui se mélangent comme une chanson un peu folle. J’ai jamais trop compris pourquoi les humains aiment autant le café. C’est amer, ça sent fort, ça fait des bulles dans leur bouche. Moi, je préfère les miettes… c’est plus doux, plus tendre. Mais bon, chacun son goût.
Alors je regarde. Y’a un monsieur qui rigole tout seul, enfin pas vraiment tout seul, il regarde son téléphone. Mais son rire, il est immense, il déborde de ses lèvres, il flotte dans l’air comme un ballon qui s’échappe. Ce rire… il tombe du ciel, il roule sous la table, il se cache dans un vase, puis il disparaît. J’ai jamais vu un rire faire ça. C’est comme un truc abandonné, un trésor oublié sur le trottoir.
Je me demande… est-ce qu’on peut perdre un rire ? Ou est-ce qu’il s’enfuit parce qu’il est timide ? J’ai essayé de le suivre, mais le rire, il saute, il glisse, il s’efface. Il laisse derrière lui un petit goût sucré, comme une confiture oubliée sur une tartine.
Un vieux moineau passe près de moi. Il me regarde, l’air sérieux.
— T’as vu, Piaf ? Les rires, c’est comme les graines de tournesol, faut savoir les attraper au vol sinon ils tombent et s’envolent.
— Mais comment on fait pour les attraper ?
— Faut pas courir, faut juste ouvrir le bec au bon moment… Ou parfois, faut attendre qu’ils viennent te chercher.
Il s’envole en claquant des ailes, comme s’il savait un secret que je n’ai pas encore compris.
Dans ce moment suspendu, l’oiseau devient le symbole d’une liberté inexplorée, un écho des rêves enfouis. Son envol résonne comme un appel à l’évasion, à la découverte de soi, rappelant les réflexions de J’ai raté mon envol et tant mieux. Le gamin, avec son regard innocent, semble être le pont entre cette légèreté et la gravité des pensées qui l’entourent. Sa curiosité est contagieuse, et elle évoque une quête d’authenticité qui rappelle les sentiments de perte et de recherche présents dans Je me suis perdu entre deux pensées.
Alors que l’oiseau s’éloigne, une question demeure : comment retrouver ce rire oublié ? Peut-être que, comme le gamin, il suffit d’ouvrir les yeux pour redécouvrir la magie du monde qui entoure. Chaque instant, chaque sourire, est une invitation à plonger dans l’inconnu.
Un gamin me regarde, les yeux grands comme des soucoupes. Je crois qu’il m’a vu sourire. Ou alors il a juste vu mon plumage jaune, qui brille au soleil. Il fait un bruit bizarre avec sa bouche, un genre de rire qui s’accroche à son souffle. Peut-être qu’il essaie de me redonner mon rire perdu.
Je griffonne dans mon carnet invisible : Le rire, c’est un papillon qui s’est posé sur une branche fragile. Il faut pas le faire fuir… Mais je sais pas encore comment faire.
À côté, une dame parle à son sac. Je crois qu’elle lui raconte ses secrets. Le sac ne répond pas. Il reste sage, tout mou. Peut-être qu’il garde le rire abandonné, là-dedans. Ou peut-être qu’il pleure en silence.
Je regarde les reflets dans la flaque sur le trottoir. Le ciel y danse, tout bleu et tout blanc, et moi, je vois mon ombre qui bouge sans prévenir. Est-ce que c’est mon rire qui joue à cache-cache avec moi ? Ou juste ma tête qui tourne un peu trop vite ?
Je voudrais attraper ce rire. Le garder. Le partager. Mais il s’envole déjà, léger, vers un autre fil, un autre banc, une autre histoire. Alors je ferme un œil, puis l’autre. Je respire l’odeur du pain grillé. Je me dis que, peut-être… les rires, ça se partage sans les attraper. Comme le vent. Ou les miettes. Ou les papillons.
Je saute du fil. Une envolée ratée. Je tourne en rond. Peut-être que je pense en rond, comme le vieux moineau disait. Ou peut-être que c’est juste un début.
Et ce rire abandonné… il est là, quelque part. Il m’attend. Ou alors, c’est moi qui l’attends, sans trop savoir pourquoi.
Piaf, le grand attrapeur de rires perdus… ou pas.





