Je suis perché sur un fil électrique, pas trop haut, pas trop bas, juste là où le vent aime faire des blagues. L’homme au chapeau arrive toujours le mardi, comme une horloge qui aurait décidé de faire la sieste le reste de la semaine. Il marche lentement, avec des pas qui racontent des histoires, ou peut-être juste des envies de s’asseoir. Son chapeau, un vieux truc un peu cabossé, cache ses yeux, mais pas ses mains qui cherchent des miettes invisibles dans ses poches. Je me demande s’il cherche vraiment des miettes, ou si c’est juste pour se donner une mission… comme moi, mais en plus compliqué.
Aujourd’hui, il s’arrête devant le petit café du coin, celui avec les tables en bois qui sentent le café renversé et la gomme à mâcher oubliée. Il commande un café noir, très noir, comme une nuit sans étoiles. Je crois qu’il aime ce goût-là. Moi, je préfère l’odeur du pain grillé qui s’échappe de la boulangerie d’à côté. Ça me donne envie de picorer, même si je ne mange pas de pain… enfin, pas vraiment.
Un chat flippant traverse la rue en courant comme s’il avait vu un fantôme. Il me regarde de travers, les yeux tellement ronds que j’ai cru qu’il allait me faire un dessin. J’ai préféré rester tranquille, sur mon fil, en regardant l’homme au chapeau s’installer sur un banc. Il sort un carnet, je crois… enfin, je l’imagine. Moi aussi, j’ai un carnet invisible. J’y écris des notes à moi-même, des trucs comme « Pourquoi les humains parlent aux nuages ? » ou « Est-ce que les pigeons savent qu’ils sont ridicules ? »
Une passante triste passe, elle tient un sac trop lourd pour ses épaules, ou peut-être trop léger pour son cœur. Elle jette un regard vers l’homme au chapeau, mais il ne la voit pas. Moi, je me demande si son chapeau peut attraper la tristesse. Peut-être qu’il met dedans, et qu’il la garde pour plus tard. Ou qu’il la transforme en chanson pour les oiseaux, je ne sais pas très bien.
L’homme au chapeau regarde le ciel, comme s’il attendait un message. Moi, je regarde ses ombres danser sur le trottoir. Elles bougent sans prévenir, comme des secrets qui veulent s’échapper. Je me demande si les ombres ont une vie quand personne ne regarde. Peut-être qu’elles se racontent des histoires, des blagues de piafs, ou des souvenirs de neige… comme ce jour où j’ai cru que les flocons étaient des étoiles tombées en vacances.
Les jours passent et les histoires s’entrelacent, comme les fils d’une toile d’araignée scintillante sous la lumière du matin. L’homme au chapeau, avec son air mystérieux, semble porter le poids de ces récits oubliés. Peut-être qu’en attendant un message du ciel, il espère aussi retrouver des bribes de bonheur perdues. Cela me rappelle l’article J’ai raté mon envol et tant mieux, où l’on découvre que parfois, ce que l’on croit être un échec peut se transformer en une belle leçon. Les ombres, elles, continuent de danser, témoins silencieux de ces instants volés, comme si elles savaient que chaque moment est précieux.
Le vieux moineau, qui observe tout depuis sa perchée, semble connaître les secrets de cette danse. Il m’évoque l’idée que la quête du silence et de la sérénité est universelle. Cela me rappelle également l’article Je crois que j’ai compris… puis j’ai oublié, où l’on réalise à quel point les vérités s’évanouissent. Chacun de nous, en quête d’un sens à sa vie, revient inlassablement, espérant trouver un peu de paix dans ce monde en mouvement. Peut-être que l’homme au chapeau et moi partageons ce même désir de contempler et de comprendre, tout en laissant les secrets des ombres se dévoiler lentement.
Le vieux moineau, là-bas, sur la gouttière, me lance un « Pssit ! » caverneux. Il dit que l’homme au chapeau revient tous les mardis pour chercher un bout de bonheur, ou peut-être juste un peu de silence. J’ai envie de lui répondre que moi aussi, je reviens tous les jours, pour regarder le monde tourner sans trop comprendre pourquoi.
L’homme au chapeau se lève, remet son chapeau comme une couronne d’invisible roi, et s’en va. Il disparaît dans le brouhaha des cris humains bizarres, des klaxons et des rires qui claquent comme des bulles de savon. Moi, je reste là, sur mon fil, avec mes pensées qui sautillent comme des cabris.
Est-ce que le mardi est le jour préféré des chapeaux, ou juste celui des histoires qu’on ne raconte pas ? Je note ça dans mon carnet invisible, même si je n’ai pas de plume. Peut-être que demain, il reviendra avec un secret à me confier. Ou pas… En attendant, je vais essayer de voler droit. Mais j’ai déjà fait une boucle. Peut-être que je pense en rond.
Ah, et si vous voulez voir un truc qui fait trop bien, moi sur la photo, avec mon chapeau à moi, c’est ici : Trop bien.
Voilà… voilà… et le ciel, il fait quoi, déjà ?





