Je suis perché sur un fil électrique, là-haut, entre deux immeubles qui sentent le pain grillé et un peu la pluie qui n’est pas encore tombée. Le vent chatouille mes plumes, il parle en sifflant des secrets que je ne comprends pas… ou peut-être que si, mais je fais semblant.

En bas, y a une vieille dame. Elle a des cheveux tout blancs comme de la mousse, et des mains qui tremblent un peu, mais pas à cause du froid — je crois. Elle regarde le ciel. Pas les oiseaux, non. Juste le ciel, comme si elle cherchait quelque chose là-haut, une histoire qui s’est envolée avec les nuages.

Et puis, elle sourit. Pas un petit sourire, un sourire large comme un croissant chaud. Je me demande à quoi elle pense. Peut-être qu’elle voit une étoile cachée, ou un ange qui fait des grimaces. Moi, j’ai jamais vu d’anges, mais j’ai vu un chat flippant qui se prenait pour un roi. C’est pareil, non ?

Un peu plus loin, un gamin me regarde. Il a des yeux grands comme des soucoupes et il me parle sans bouger les lèvres. Je crois qu’il dit « salut », mais peut-être qu’il parle à l’air, ou à ses rêves. Je lui fais un clin d’œil avec une aile, mais il ne voit pas. Ou il fait semblant.

Un vieux moineau passe en ricanant, il me dit : « Hé, Le Piaf, tu crois que les humains savent vraiment ce qu’ils font, ou ils jouent juste à faire semblant comme nous ? » Je lui réponds dans ma tête, parce que je n’ai pas de mains pour écrire, mais j’ai un carnet invisible où je note tout ça. Il y a des croquis, des mots qui se bousculent, des miettes de pensées.

La vieille dame lève encore la tête. Elle tend les bras un peu, comme pour attraper une chanson ou un rayon de soleil. Elle ferme les yeux. Je parie qu’elle fait un vœu, ou qu’elle se rappelle d’un été lointain où elle courait après un papillon.

Il y a quelque chose de magique dans les moments suspendus, ceux où le temps semble s’arrêter pour laisser place à la beauté de l’instant. La vieille dame, avec son regard perdu dans l’infini, rappelle ces souvenirs d’enfance, où l’insouciance et la joie de vivre prenaient le pas sur les tracas quotidiens. Peut-être qu’elle se remémore un été flamboyant, semblable à celui évoqué dans J’ai raté mon envol et tant mieux, où chaque papillon était un symbole d’espoir. Dans ces moments, la réalité se mêle à la rêverie, et le sourire de cette dame semble créer une connexion invisible avec le ciel.

Les nuages, complices de cette douce mélancolie, se rassemblent pour admirer cette scène tendre. Ils se rappellent d’un autre instant, comme celui narré dans Le pigeon m’a encore menti, où le quotidien se transforme en poésie. Un sourire, un rayon de soleil, et voilà que le monde s’illumine. La pensée de partager une carte postale avec la vieille dame reste en suspend, comme une promesse à faire. Qui sait ce que le ciel réserve encore ?

Moi, je me demande si elle sait que son sourire a illuminé le ciel un instant. Que les nuages ont dû se dire : « Oh là là, ça va être trop bien de rester là, juste pour elle. » (Tiens, ça me rappelle une carte postale que je vends : Trop bien… je devrais lui en offrir une, mais je suis un piaf, pas un facteur.)

Je me demande aussi pourquoi les humains ne sourient pas plus souvent au ciel. Peut-être qu’ils ont peur que les étoiles se moquent d’eux, ou qu’ils croient que le ciel est trop loin pour les entendre. Moi, j’entends, même si je ne comprends pas toujours.

La vieille dame ouvre les yeux, me regarde un peu. Je crois qu’elle comprend que je suis là, et qu’on partage un secret. Un grand secret en forme de sourire.

Je prends mon envol… ou j’essaye. Je fais un tourbillon bizarre, comme si je dansais avec le vent, mais je rate mon atterrissage sur un vieux banc. Pfff… encore raté. Les humains ne voient rien, ils sont trop occupés à marcher vite, à parler fort, à oublier.

Alors je reste là, perché, à me demander si un jour, moi aussi, je pourrai sourire au ciel comme elle. Ou si je suis juste un piaf qui rêve un peu trop fort.

Le vent me chuchote une chanson douce, et je note dans mon carnet invisible : “Sourire au ciel, c’est peut-être ça, le vrai voyage.”

Et vous, vous avez déjà souri au ciel, vous ?…