Je me pose sur un fil, tout tremblotant parce que le vent fait danser les branches. En bas, la rue est toute mouillée, comme un miroir plein de taches grises. Ça sent le pain grillé, ou peut-être juste la ville qui se réveille avec une soupe chaude dans les narines… J’sais pas trop.
Y a des humains qui courent avec des parapluies. Pas des parapluies joyeux. Non, des parapluies fâchés, qui se battent entre eux. C’est bizarre un parapluie. Ça s’ouvre comme une fleur mais ça ne sent rien, ça ne chante pas. Pourtant, là, c’est comme s’ils se donnaient des coups de bec invisibles. Un parapluie qui se retourne, un autre qui claque, un troisième qui s’enroule autour d’un poteau. Ça fait du bruit, un bruit de claquement mouillé. Et les humains, ils se chamaillent aussi, entre deux gouttes qui tombent et qui font ploc.
Un vieux moineau à côté de moi piaille quelque chose, un truc du genre : « Faut pas se mouiller les plumes, hein, c’est pas bon pour la santé. » Moi, je note ça dans mon carnet invisible. Mais j’ai pas de main, alors je griffonne avec mes pattes dans l’air. C’est un peu flou. Comme mes souvenirs de l’été dernier, quand j’ai cru pouvoir traverser la rue sans me faire peur… Spoiler : j’ai eu peur.
Une dame passe, toute triste, un parapluie noir qui traîne derrière elle comme un fantôme. Elle parle à son ombre, ou peut-être aux nuages, je sais pas. Sa voix est douce, mais elle a des éclairs dedans, comme un orage qui voudrait pleurer mais n’y arrive pas. Je me demande si les parapluies attrapent les émotions, comme des éponges. Ou si c’est eux qui donnent envie aux humains d’être tristes ou contents. Parfois, je crois comprendre, puis je me trompe toujours.
Un enfant m’observe, les yeux ronds, il me montre du doigt. Je fais un petit saut, histoire de lui montrer que j’existe. Il rigole, et ça fait un bruit qui ressemble à un éclat de soleil. J’aimerais bien lui écrire une carte postale, pour lui dire que c’est trop bien de voir les parapluies se battre. Comme ici, par exemple, Trop bien. Mais je ne sais pas voler aussi bien que je voudrais… Encore raté.
Alors que les parapluies dansent sous la pluie, une mélodie se crée, une harmonie fugace entre l’enfance et la nature. Ce petit spectacle réveille des souvenirs, comme ceux évoqués dans l’article J’ai raté mon envol et tant mieux, où le rêve et la réalité se croisent. Les rires d’un enfant et le murmure du vent semblent s’entrelacer, formant un tableau vivant où chaque goutte d’eau devient une note de musique.
À cette pensée, l’esprit vagabonde, se demandant si, comme les parapluies, d’autres objets du quotidien rêvent à leur tour. Peut-être que le chat, en quête de son coussin, ressent lui aussi cette légèreté d’être libre, comme le décrit si bien l’article Il n’y avait plus personne dans la rue. La curiosité s’éveille, laissant place à l’imaginaire, où chaque élément du paysage a sa propre histoire à raconter. Qui sait ce que les parapluies, les chats et les enfants pensent en secret ?
Il est temps de plonger dans ces réflexions et d’explorer ce qui se cache derrière chaque goutte de pluie.
Le chat du coin, celui qui a les yeux tout fous, passe en miaulant comme si les parapluies lui avaient piqué son coussin. Il se faufile entre les flaques, en évitant les reflets qui bougent sans prévenir. Moi, je me pose là, tranquille, à regarder le monde tourner. Parfois, je me demande si les parapluies ont une vie quand on ne les regarde pas. Peut-être qu’ils rêvent de voler, comme moi, mais qu’ils sont trop lourds pour ça.
Je me répète un refrain bête que j’ai entendu un autre jour : « Les parapluies, c’est pour attraper les rires ou les larmes, mais jamais les deux en même temps. » Ça tourne dans ma tête comme une boucle. Et je me demande si moi aussi, je pourrais attraper des rires, juste en battant des ailes.
Le vent change, les parapluies se calment. La bagarre s’arrête comme un soupir. Moi, je reste là, perché, en me demandant si demain, les parapluies feront la paix. Ou s’ils recommenceront, parce que c’est plus drôle comme ça.
Et si les parapluies étaient des oiseaux qui ont oublié de chanter ?
Je prends mon envol, tout maladroit. Je rate ma pirouette. Pfff… C’est pas encore aujourd’hui que je serai un champion. Mais j’y crois un peu quand même. Toujours un peu.
… Et si on s’envoyait une carte postale ? Juste pour dire « c’est trop bien ».





