Je suis posé sur un fil électrique. Pas un fil pour les oiseaux voyageurs, non, un fil de ville, tout fin, tout raide… C’est comme une corde à linge tendue entre deux géants de béton. Je regarde en bas, où les humains jouent à leur jeu bizarre.

Une femme est assise à la terrasse d’un café. Elle a un grand chapeau qui cache presque tout son visage, sauf une main qui fait un geste. Pas à quelqu’un. Juste dans le vide. Une main qui s’agite, comme si elle saluait un fantôme ou une idée fugitive. Je me demande si elle parle aux nuages… Mais les nuages, eux, ils bougent trop vite pour écouter.

À côté, un vieux moineau me lance un regard qui veut dire « T’as vu ça, hein ? Les humains, c’est pas simple… » Il s’étire, il fait claquer son bec, comme un vieux journal froissé. Il me raconte des histoires de temps où le pain était plus croustillant. Moi, j’écoute, j’écris dans mon carnet invisible. Un jour, j’ai vu un moineau danser sous la pluie, il croyait que c’était une fête.

Le parfum du café et du pain grillé flotte. Ça me fait penser à ces miettes que j’ai ratées hier. Pfff… encore raté. Et puis ce cri humain bizarre, un mélange de rire et de râle, un son qu’aucun oiseau ne peut vraiment comprendre. Je crois que c’est leur façon de dire « Je suis content mais j’ai mal au dos ».

Un enfant me regarde. Je crois qu’il me parle avec ses yeux, mais il ne bouge pas les lèvres. Peut-être qu’il parle à un autre monde, ou juste à moi, qui sait ? Je lui fais un petit clin d’œil, mais je crois qu’il ne voit pas. Ou qu’il fait semblant.

Plus loin, un chat flippant glisse entre les tables, ses yeux brillent comme des étoiles tombées. Il me fixe comme si j’étais un sushi. J’ai envie de lui dire « Hé, je suis un piaf, pas un plat du jour ! » Mais les chats, eux, ils comprennent pas les blagues d’oiseaux.

Dans ce monde où l’étrange se mêle à l’ordinaire, chaque rencontre devient une source de réflexion. Le chat, avec son regard perçant, semble incarner cette dualité : à la fois prédateur et compagnon. Sa présence rappelle que la vie est pleine de surprises, même dans les moments les plus banals. En parlant de surprises, j’ai récemment lu un article captivant intitulé J’ai raté mon envol et tant mieux, où l’auteur évoque la beauté de l’échec et la légèreté qui en découle. Cette perspective offre une nouvelle dimension à l’idée de saluer le vide, comme si chaque geste, chaque pensée, pouvait être une forme d’art.

Les humains, avec leurs rituels étranges, continuent de m’intriguer. Saluer le vent, c’est un acte de bravoure face à l’invisible, un défi lancé à la solitude. Peut-être que, comme ce chat, il faut parfois se contenter d’observer et de ressentir sans chercher à comprendre. La quête de connexion, qu’elle soit avec un chat mystérieux ou un souffle d’air, est universelle. Et si cette quête était la clé pour appréhender le monde qui nous entoure ?

Je me demande souvent pourquoi les humains saluent le vide. Est-ce qu’ils essaient de toucher l’invisible, ou juste de faire un signe à leur propre solitude ? Moi, j’aimerais bien saluer le vent, mais le vent, il ne répond jamais. Il s’envole trop vite.

Je me souviens d’un matin où j’ai cru voir mon reflet dans une flaque, mais c’était une autre piaf, une piaf qui rêvait d’être un pigeon voyageur.

Le vieux moineau me répète une phrase que je ne comprends pas trop, mais je la garde : « Parfois, saluer le vide, c’est comme dire bonjour à l’infini… » Je la note dans mon carnet invisible, même si je n’ai pas de mains.

Je prends mon envol. Pas droit, comme toujours. J’ai fait une boucle. Peut-être que je pense en rond… Ou que je cherche la main qui a salué le vide.

Tiens, si tu veux voir un peu de joie, de bêtise et de miettes, regarde cette carte postale, elle est trop bien.

Et puis… je me demande… Est-ce que les mains qui saluent le vide, elles attendent un retour ? Ou juste un écho ?

Je vole. Je tourne. Le vent rit. Et la main, elle reste là, suspendue… comme une question sans réponse.